[Film] Mary and Max
mai 03
Cinéma, Non classé Animation, Films, Mary and Max 5 Comments
Après le savoureux Coraline, une autre douceur teintée d’étrangeté pointe le bout de son nez avec Mary et Max. Réalisé en stop-motion à la manière des personnages de Wallace et Gromit, ce film d’animation fait la part belle à un duo atypique sorti tout droit de l’imagination foisonnante d’Adam Elliot. Véritable amoureux d’animation en pâte à modeler, le réalisateur australien impose un univers ténébreux et désenchanté, peuplé d’êtres étranges et singuliers. Son premier long-métrage est une grande réussite qui propose plusieurs degrés de lecture pouvant s’adresser ainsi au plus large public. La beauté de la production design couplée à un sens aigu et poétique de la mise en scène font de Mary et Max un film d’animation parmi les plus réussis qu’on ait vu dernièrement sur grand écran.
Synopsys : Mary Daisy Dinkle est une petite australienne de huit ans qui vit dans la banlieue de Melbourne. Afin de fuir son quotidien morne et désenchanté, elle va se mettre à entretenir une correspondance avec un New-yorkais, Max Jerry Horovitz, un juif de 44 ans, obèse et atteint du syndrome d’Asperger. Ces deux solitaires vont s’écrire et confier ainsi leurs angoisses, leurs joies et leurs peines. De leurs échanges va naître une amitié qui deviendra un exutoire et un refuge.
C’est avec une infinie poésie qu’Adam Elliot nous raconte le destin de deux êtres qu’en apparence tout oppose. Il joue principalement sur la manière singulière qu’ils ont de percevoir et d’interpréter le monde qui les entoure. Sorte de prisme déformant de la réalité, ils nous offrent un point de vue qui se pare d’une inquiétante étrangeté. On assiste à un croisement singulier des univers de Nick Park, Tim Burton et Henry Selick avec un soupçon de Jean-Pierre Jeunet. Un cocktail savoureux, entre grotesque et lyrisme, qui se déguste sans la moindre réticence. Le character design est vraiment très bien pensé et colle parfaitement avec l’univers visuel scindé entre un New York chaotique et un Melbourne désenchanté. Outre Mary et Max, la galerie des personnages secondaires est truculente comme Alfonso Ravioli, l’ami invisible de Max ou encore Ralph Keith Dinkle le grand père de Mary. Dans la langue de Shakespeare, on retrouve le délicieux Philip Seymour Hoffman qui prête sa voix à Max, tandis que l’actrice Toni Collette campe le personnage de Mary. Leur interprétation est à la fois touchante et terriblement envoûtante, permettant encore plus d’humaniser les petits bonshommes de pâte à modeler.
La grande force du film vient aussi du parcours initiatique que va suivre chacun des deux protagonistes principaux. Le film se permet de dépasser la dimension épistolaire imposée par l’échange de lettres pour prendre beaucoup de recul et insuffler une dimension quasi onirique sur leur destin réciproque. On découvre un Max qui va être confronté à la vieillesse, tandis que Mary passera de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte. Adam Elliot distille un humour noir et cynique d’où émerge une douce mélancolie qui aborde des sujets profonds et universels comme l’amitié et la sexualité, mais aussi l’alcoolisme, l’autisme et l’agoraphobie. Sans jamais être naïf ni mièvre, Mary et Max nous offre de très beaux moments de cinéma, entre rires et larmes, comme on aimerait en avoir plus souvent.

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